Je suis… donc je ne serai pas…

Tout penseur critique se devrait, semble-t-il, dans la structure doctrinale du monde actuel où, outre les dominations entre classes et entre nations tous sont pétris par une seule et même idéologie, de se méfier des idées et des pratiques qui attirent le consentement mutuel. Car si tous s’en croient les grands bénéficiaires, que certains voient dans leur forme localisée de lutte une espèce de subversion, il est une vérité, confirmée par l’accord tacite des dominants et malgré que les dominés y perçoivent une force coercitive, qu’elle n’est au fond qu’un service rendu à l’ordre établi. S’attaquer à ce qui fait consensus, même dans les milieux qui auraient tout pour s’opposer entre eux, expose toutefois le sujet aux foudres de la critique et à l’ostracisme de ceux-là mêmes qu’on pensait défendre. C’est le risque que prend pourtant Walter Ben Michaels lorsqu’il écrit son essai La diversité contre l’égalité, ouvrage publié aux Éditions Liber/Raisons d’agir il y a un peu moins d’un an, qui se présentait comme tel :

« A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l’Elysée, à Sciences Po comme à l’armée résonne un nouveau mot d’ordre : Vive la diversité ! Avec l’élection de Barack Obama, le bruissement s’est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les “minorités visibles” occupent la place qui leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? A cette question jamais posée, Walter Benn Michaels répond par la négative. La promotion incessante de la diversité et la célébration des « identités culturelles » permettent au mieux, selon lui, de diversifier la couleur de la peau et le sexe des maîtres. Sans remettre en cause la domination qui traverse toutes les autres.  Une politique de gauche vise-t-elle à répartir les inégalités sans discrimination d’origine ou à les supprimer ((Michaels, W.B., La diversité contre l’égalité, Éditions Raisons d’agir, Paris, 2009))? »

Le Monde Diplomatique allait réserver un accueil favorable à cet ouvrage, Serge Halimi publiant un compte rendu de celui-ci lors de sa parution aux États-Unis. Dans une Europe que « nous » sommes tous, alors qu’elle refoule à ses frontières ceux qui ne sont pas « nous », et que l’on confine dans les marges paupérisées ceux qui ont la prétention identitaire de s’ajouter à la grande famille du « nous » mais manque de l’indispensable attribut pécuniaire, la remise en cause des politiques de diversité allait titiller chez certains la fibre militante. Créer la polémique était déjà, au-delà des positions argumentatives variables de chacun, une bonne chose. Mais, s’attachant à l’étude critique des politiques de gauche, l’ouvrage sur la sellette allait provoquer paradoxalement des réflexes identitaires… d’une gauche peu sujette à l’introspection, et qui donneront naissance à des attaques radicales naissant plus de probables mortifications suite à la lecture du texte de W.B. Michaels, que d’une critique intellectuelle véritablement constructive.

Ainsi en est-il de l’appréciation de Jérôme Vidal ((« Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 11/09/2009. Pour une critique selon nous bien plus relevée, voir « Chérir les identités pour ignorer les inégalités »)), lequel, après ce qu’il présente comme une synthèse des grandes idées du livre de W.B. Michaels, « manifestement écrit à la va-vite », notait : « Que la “diversité” occupe bien souvent la place d’un fétiche, d’une valeur indiscutable, d’un présupposé qui s’impose à nous comme une évidence et qui exige et emporte notre approbation immédiate, que cette valeur soit mobilisée à des fins de légitimation de la transformation néolibérale des sociétés, tout ceci paraît, si l’on en reste au niveau des généralités, assez bien établi, et n’a pas attendu ce livre pour l’être. Le problème est que W. B. Michaels entreprend de faire passer ces éléments de la situation pour le tout du tableau – comme si, ayant souligné ces aspects, on avait épuisé la question des politiques de la diversité et de la représentation, et, surtout, épuisé les termes de l’analyse de la faillite de la gauche aujourd’hui. »

Or, nous voyons déjà là une analyse erronée et douteuse, propre parfois à une gauche intellectuelle qui croit sa lucidité partagée par tous : « tout ceci paraît, si l’on en reste au niveau des généralités, assez bien établi, et n’a pas attendu ce livre pour l’être. »… Assez bien établi ? Par qui ? Par la droite, la gauche ? Par le citoyen ? Le gouvernement ? Les médias ?… non, certainement pas, et c’est justement cette mobilisation de la « diversité » « à des fins de légitimation de la transformation néolibérale des sociétés » que W.B. Michaels cherche à vulgariser, et à démonter. A qui alors ? Pour qui la “diversité” occupe-t-elle la place d’un « fétiche », d’une « valeur indiscutable », d’un « présupposé » ? Qui est ce « nous » auxquels ce présupposé s’impose ? A ceux qui ont la capacité de lire les propos de J. Vidal, aux intellectuels patentés ? En partie cette fois, car il est certain que tous les intellectuels sont loin de s’accorder sur ce constat. Derrière les propos d’experts, les diatribes intellectuelles bien rangées, on en vient à manquer le propos principal de La diversité contre l’égalité : la “diversité”, dont les classes favorisées, nous le verrons, sont en fin de compte les ultimes bénéficiaires, est une pratique spécieuse car elle instille dans l’esprit de l’individu frappé par les inégalités économiques l’idée que lui aussi, quelle que soit sa position sociale, peut devenir riche : « [En 1996] pratiquement deux tiers des Américains (64%) âgés de 18 à 21 ans pensaient qu’il était « très probable » ou « assez probable » qu’ils deviennent riches (…) Dix ans plus tard, ils ne l’étaient toujours pas : la part de la population gagnant 100 000 dollars par an avoisinait 7%. Bien entendu, il reste à cette cohorte particulière encore un peu de temps, mais le fait est là : dans une société où seulement 7% de la population gagne 100 000 dollars par an, le fait que 64% de cette population s’imagine pouvoir rejoindre ces 7% relève d’une profonde erreur de jugement ((Michaels, W.B., La diversité contre l’égalité, op.cit., p.137. L’auteur continue ensuite sur la similarité entre cette croyance et l’illusion propagée par des émissions comme American Idol, nous dirions la Star Academy. Le propos est d’un intérêt majeur)). »

On retrouve là « l’idéologie de l’égalité des chances et du self-made-man : à force de travail et de persévérance, l’ouvrier peut devenir patron, le garçon d’ascenseur peut devenir directeur et l’acteur de cinéma, chef de l’État » ((Rist, G., Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 2007, p.137)) ; « l’idée est que [en Amérique], on peut être n’importe quoi, pourvu qu’on le veuille – le rêve américain ! » ((Michaels, W.B., op.cit., p.140)). « La perspective constamment renouvelée de rejoindre la classe des nantis, que ce soit indifféremment dans un rapport de classe national ou dans un rapport Occident/non-Occident, médiatisée dans les deux cas par l’accès à la richesse, empêche le sujet de se penser comme membre pérenne d’une classe subalterne ; elle le postpose indéfiniment dans une richesse fantasmée. L’homogénisation subséquente à cette comparaison consensuelle détruit la réalité de la diversité au sein de l’intra-groupe occidental [dans une perspective de comparaison Occident/non-Occident, plus communément appelée Nord/Sud]; et détruit donc un aspect de la réalité. Paradoxalement, elle atomise la collectivité, car “ le trait de génie du système de domination et de contrôle consiste à séparer les gens les uns des autres de telle sorte qu’ils ne puissent travailler ensemble ” ((Chomsky, N., De la propagande, entretien avec David Barsamian, Editions Arthème Fayard, 2002, p.220)), créant des individus constamment dans l’expectative de la chance à saisir qui les propulsera dans le groupe qu’ils valorisent. Et en effet, “ la littérature relative à la mobilité sociale fournit un matériel particulièrement abondant sur les représentations idéalisées. Dans la plupart des sociétés, il semble exister un système de stratification dominant et, dans la plupart des sociétés stratifiées, on idéalise les positions supérieures et on aspire à passer des positions inférieures aux positions supérieures. Cette attitude ne traduit pas simplement le désir d’avoir une situation prestigieuse, mais aussi le désir de se rapprocher du foyer sacré des valeurs sociales établies ((Goffman, E., La mise en scène de la vie quotidienne : la présentation de soi, les Éditions de Minuit, Paris, 1973, p.41, souligné par nous)) ”  » ((Voir notre étude : « Mondialisation capitaliste et dichotomie Nord/Sud : l’idéologie du développement comme déterminant de l’immobilisme social et individuel », Mémoire non publié, Université Libre de Belgique, 2010, p.63. Consultable sur le site www.espritcritique.be dans la rubrique “recherche 2”)). Il faut donc pour que tous y croient et que l’identique demeure, conserver l’espoir dans les chances individuelles, et surtout l’espoir qu’ont ceux qui n’ont que trop de chances de ne jamais le voir se concrétiser : « L’égalité des chances est un principe exigeant (…) Il est indispensable à la survie de notre système politique que les gens le tiennent pour un système globalement juste ». « Si cette conviction disparaissait, les répercussions pourraient être considérables ((Réflexions de deux auteurs d’un Think Tank conservateur, dans Ladd E. and Bowman K.H., « Attitudes towardeconomic inequality », Washington, American Enterprise Institute Press, 1998, ouvrage qui a mesuré les sentiments que suscite chez les Américains le fait que certains d’entre eux aient plus d’argent et de biens que d’autres, cité dans Michaels, W.B., p.132)) ».

La « diversité » au sein des classes dirigeantes, dans sa fonction ostentatoire,  est, contrairement à ce que certains pensent, un puissant destructeur d’identité donnant l’illusion que tous ont l’égale opportunité de rejoindre la caste des nantis. Elle est dès lors un casseur d’identité collective, une négation catégorielle pour les dominés qui en viennent à délaisser le changement social pour la mobilité sociale individuelle. Tajfel, éminent théoricien des relations intergroupes, ne dit rien d’autre : « Il arrive parfois qu’un individu peut désirer que son propre groupe devienne plus semblable à certains autres groupes, en particulier quand ces autres groupes sont considérés « supérieurs » ou « meilleurs » d’un certain point de vue. Cependant, le fait qu’un individu désire que son propre groupe ressemble à un autre groupe d’un certain point de vue signifie, pour ce point de vue, que son propre groupe n’a pu remplir sa fonction : contribuer à l’identité sociale positivement valorisée ((Tajfel, H., « La catégorisation sociale », dans Moscovici, S. (sous la direction de), Introduction à la psychologie sociale, Vol. 1, Paris, Librairie Larousse, 1972, p.296, souligné par l’auteur)) ».

Et un des nouveaux « foyer(s) sacré(s) des valeurs sociales établies » ((Vidal, J., op.cit.)), c’est justement la “diversité”. Cette vérité ne s’impose toutefois pas au sujet comme le prétendraient certains, il ne la perçoit pas comme un instrument de légitimation des inégalités. Nous savons, « nous », évidemment, que ce spectacle de la mobilité sociale individuelle est très rare, mais qu’il a des effets déstructurants sur les appartenances collectives, indépendamment de sa véritable occurrence: à qui le tour, la cagnotte; qui sera le prochain?… L’individu qui croit, parce qu’on lui assène sans cesse cette vérité et parce qu’il perçoit progressivement la mine plus bigarrée des journalistes vedettes et de certains ministres, alibis du pouvoir, qu’il peut « s’en sortir », est un individu qui délaisse les potentialités de la lutte collective pour la mobilité individuelle interclasse : « je peux également devenir président ou chef d’entreprise ((A linstar du candidat à lémigration, voir à ce sujet notre essai « Autopsie d’une réalité humaine : l’immigration »)) » ! Il abandonne donc le vœu de changement social, c’est-à-dire la lutte contre les inégalités économiques, pour des possibilités miroitées de mobilité individuelle.  Et cette croyance répond parfaitement à l’atomisation du peuple que fabrique le capitalisme ; elle participe de ce que d’aucuns nomment une fausse conscience, générant l’illusion de se trouver dans une sorte de « classe sociale transitoire », puisque chacun escompte de façon permanente grimper dans la classe supérieure, que ce soit en jouant au Lotto, ou en bénéficiant des bonnes œuvres des politiques de « diversité ». On réitère donc la question posée en toile de fond de l’ouvrage de W.B. Michaels : « une société donc les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? » Non ! Car dans le cas d’une élite racialement homogène comme dans celui d’une élite métissée, les termes de la catégorisation exploiteurs/exploités demeurent les mêmes.

Grande différence donc avec l’époque où le racisme était structurel, légitime et valorisé, et non pas, comme aujourd’hui, manifestation sporadique le plus souvent vertement et publiquement condamné par tous, dans une société de « fierté identitaire » : « alors qu’à une certaine époque le racisme s’affichait publiquement sans aucun scrupule, les gens ne l’évoquent plus aujourd’hui que pour s’en excuser » ((Michaels, W.B., p.81)). La résorption du racisme dans les politiques publiques a été la conséquence de mouvements de contestations, certes, mais aussi d’une prise de conscience par le pouvoir qu’un racisme institutionnalisé deviendrait plus néfaste que bénéfique pour sa pérennité. Ce traitement intranational de la différence répondait à un mouvement parallèle dans les relations internationales avec l’adoption par l’ONU du principe des nations. Les deux dynamiques illustrent, certes à des niveaux différents, une même symbolique, à savoir la possibilité maintenant offerte à l’individu – ou à la nation – de grimper sur l’échelle sociale – ou nationale. Les deux sont stratégiques et répondent à des nécessités historiques, consacrant et théorisant deux notions essentielles qui rendent le développement individuel et national possible :

  • L’unicité des hommes : « l’acceptation théorique d’un genre unique est bien commode car une différence de nature dans l’espèce humaine aurait rendu vaine l’idée de l’espoir d’atteindre le stade des sociétés évoluées ((Bend, P., « Repenser le concept de développement, des impasses d’un processus de standardisation des sociétés à la nécessaire émergence d’un sens historique », Afrique et développement, Vol. XXXII, N°3 : 2007, 72-107)) »;
  • Le nouveau principe des nations – pas de hiérarchie universelle inscrite dans le cadre du développement sans principe des Nations –, la généralisation des possibilités de progrès individuel à l’humanité ((Nous vous renvoyons encore pour cette question à notre étude))

« Le sens commun de Truman lui laissa croire qu’une loi universelle du progrès n’était pas seulement applicable à des groupes ou individus isolés, mais aussi à l’humanité au sens large au travers des économies nationales ((« Truman common sense led him to believe that a universal law of progress was applicable, not only to isolated individuals or groups, but also to humanity at large through national economies », Illich, I., « Needs », in W. Sachs, The development dictionary, Johannesburg, Witwatersrand University Press, 1993. Lauteur fait ici référence au discours dinvestiture du président américain Harry Truman, le 20 janvier 1949)) ». Dans l’époque antérieure, le groupe stigmatisé pouvait ainsi se construire collectivement dans l’opposition à un Autre : il n’avait aucune chance d’appartenir un jour à la « race supérieure », détentrice du capital – une minorité certes. Son combat identitaire se justifiait donc tout à fait, ce qui explique que les Blancs le rejetaient vivement, car il était un combat réellement subversif. Aujourd’hui, les frontières entre classes sociales ayant accusé une certaine porosité, même si celle-ci demeure très sélective, cette possibilité probabiliste s’est inscrit dans la conscience sociale des couches défavorisées, amplifiée par la spécificité de la domination capitaliste par rapport aux formes de dominations antérieures, en ceci qu’elle ne repose pas sur « l’acceptation de la supériorité reconnue d’une classe dirigeante (idéologie féodale), mais de la croyance en l’égalité démocratique de tous les citoyens dans ce gouvernement de la nation – en d’autres termes, la négation de l’existence d’une classe dirigeante ((Anderson, P., Sur Gramsci, Edition François Maspero, Paris, 1978, p.50)) ». Et ceci suffit à générer des effets déplorables, rendus plus puissants et plus étendus par un néolibéralisme sauvage flattant l’individualisme. L’attribution des possibilités de mobilité sociale aux seules dispositions individuelles masque la structure de domination qui détermine ces positions, dans un processus paradoxal de visibilité occultante, au même titre que l’évoquait Bourdieu au sujet de la Télévision – un instrument de propagande indispensable à la “diversité” : « La télévision peut, paradoxalement, cacher en montrant, en montrant autre chose que ce qu’il faudrait montrer si on faisait ce que l’on est censé faire, c’est-à-dire informer ; ou encore en montrant ce qu’il faut montrer, mais de telle manière qu’on ne le montre pas ou qu’on le rend insignifiant, ou en le construisant de telle manière qu’il prend un sens qui ne correspond pas du tout à la réalité » ((Bourdieu, P., Sur la télévision, Paris, Éditions Raisons d’agir, 1996, pp.17-18)).

La “diversité” occulte ainsi des inégalités économiques qui vont grandissantes. Son utilisation consensuelle, sa récupération historique par les dominants, brouille le fait qu’elle soit, comme dans les termes de Mannheim, une « catégorie obsolète » donnant naissance à la « fausse conscience théorique », c’est-à-dire une conscience « quand, s’agissant de s’orienter dans la « mondanéité », [se] pense dans des catégories qui, dans un contexte ontique donné, ne peuvent être d’aucune aide conséquente. Il s’agit donc, en premier lieu, de normes et de formes de pensée obsolètes et anachroniques, mais aussi de genres d’interprétation du monde qui peuvent venir remplir cette fonction « idéologique » et qui, au lieu de faire la lumière sur ce que l’on fait, sur ce que l’on est maintenant en soi-même et dans le monde, le dissimulent ((Mannheim, K., Idéologie et utopie, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2006, p.80)). » La “diversité” est typique de ce discours néo-libéral que fustigeait Bourdieu. C’est donc en tant qu’instrument idéologique que W.B. Michaels écorche celle-ci, en ce sens qu’elle « n’est pas un moyen d’instaurer l’égalité », mais « une méthode de gestion de l’inégalité ((p.10)) ». Il ne fustige pas la nécessité intrinsèque de lutte contre les discriminations raciales et autres, mais la fonction qu’elle remplit dans les consciences individuelles, et donc dans la conscience collective et la structuration des luttes.

Ce que W.B. Michaels montre très justement, c’est ce glissement de la gauche (de gouvernement, mais aussi des mouvement sociaux…) d’une question de lutte des classes vers des débats culturels, à l’instar de Thomas Frank qui révèle dans son ouvrage « Pourquoi les pauvres votent à droite », ce mouvement de la Réaction « qui mobilisait les électeurs sur des questions sociales explosives, qu’elle connecta ensuite à une politique économique favorable aux milieux d’affaires, ajoutant plus loin, le problème n’est pas que les Démocrates sont, comme un seul homme, favorables à l’avortement ou contre les prêches religieux dans les salles de classe. Le problème est que, en abandonnant le discours de classe qui les distinguait auparavant si clairement des Républicains, ils se sont montrés terriblement vulnérables aux problèmes culturels tels que la détention d’armes ou l’avortement ainsi qu’à toutes les questions délirantes de ce type qui auraient traditionnellement été écartées au profit de sujets plus concrets. Aujourd’hui, les Républicains parlent sans cesse de classes – d’une manière bien évidemment cryptée – et les Démocrates redoutent de le faire. » ((Frank, T., Pourquoi les pauvres votent à droite, Éditions Agone, 2008, pp. 30 et 312)). Comme le dit W.B. Michaels, « nous préférons de beaucoup l’idée de “ guerre des cultures ” à celle de “ lutte des classes ” ((pp. 49-50)), C’est-à-dire de « guerre » autour de certaines valeurs comme l’avortement, la discrimination positive, le clonage, le mariage homosexuel… l’origine !

Par ailleurs, le procédé consistant à faire indirectement appel à l’assise intellectuelle d’un auteur mort pour appuyer sa critique, semble ici aisé et passablement malhonnête ((Vidal, J., « Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires », op.cit.)), surtout lorsqu’on retrouve dans les propos de l’auteur critiqué certains points communs avec la pensée de Bourdieu : « Le fait (et c’est un fait) que, pour entrer à Harvard, être blanc ne procure aucun avantage particulier masque celui, beaucoup plus fondamental, que, pour entrer à Harvard, il vaut  mieux être riche, et il est même essentiel de ne pas être pauvre ((Michaels, W.B., p.86))» .  Ces propos, tenus dans la Diversité contre l’égalité, épouse parfaitement la pensée de Bourdieu ((Même si Bourdieu montre bien dans son étude poussée de l’enseignement et des structures de reproduction, que la richesse pécuniaire est loin d’être la seule en cause. Conclusion trompeuse qui éluderait l’impact ontogénique de la pauvreté et pourrait laisser croire que des mesures de soutien financier comme les bourses résoudront l’inégalité face à l’université)) comme lorsqu’il évoque que « définissant des chances, des conditions de vie ou de travail tout à fait différentes, l’origine sociale est, de tous les déterminants, le seul qui influence à tous les domaines et à tous les niveaux de l’expérience des étudiants » (…) « C’est tout au long de la scolarité, et particulièrement lors des grands tournants de la carrière scolaire, que s’exerce l’influence de l’origine sociale ((Les héritiers, Les Éditions de Minuit, Paris, 1985, pp.23 et 25)) ». Cette occultation de l’origine sociale, donc du niveau économique, par l’« égalité des chances » quelle que soit l’identité culturelle, voile ainsi un pan fondamental de la pensée de Bourdieu, à savoir la dialectique entre structures objectives de la société et structures subjectives de personnalité. C’est en établissant ce pont entre ce qui nous aliène et comment nous participons nous-mêmes de cette aliénation que le sujet social entame une forme de socioanalyse. Ce pont, la logique de la “diversité” le rompt, en attribuant à une position sociale des causalités individuelles : « La cécité aux inégalités sociales condamne et autorise à expliquer toutes les inégalités, particulièrement en matière de réussite scolaire, comme inégalités naturelles, inégalités de dons. Pareille attitude est dans la logique d’un système qui, reposant sur le postulat de l’égalité formelle de tous les enseignés, condition de son fonctionnement, ne peut reconnaître d’autres inégalités que celles qui tiennent aux dons individuels » ((Bourdieu, P., Les Héritiers, op.cit., p.103)). Et elle le rompt car elle donne l’espoir subjectif qui simultanément annihile ((Ou en tous cas font voir comme secondaire la reconnaissance et la lutte contre ces structures objectives au profit d’une possibilité de réussite individuelle)) dans la conscience individuelle les structures objectives d’exploitation :   « le problème avec la discrimination positive, ce n’est pas qu’elle viole (comme on le dit souvent) les principes de la méritocratie ; le problème, c’est qu’elle génère l’illusion qu’il existe vraiment une méritocratie ((Michaels, W.B., p.85)). Cette chimère de la mobilité sociale participe donc grandement de l’aliénation, aliénation qui s’exprime dans sa quintessence car elle devient elle-même étrangère au sujet : « je viens de suggérer que le concept d’aliénation devient problématique quand les individus s’identifient avec l’existence qui leur est imposée et qu’ils y trouvent réalisation et satisfaction. Cette identification n’est pas une illusion mais une réalité. Pourtant cette réalité n’est elle-même qu’un stade plus avancé de l’aliénation ; elle est devenue tout à fait objective ; le sujet aliéné est absorbé par son existence aliénée. Il n’y a plus qu’une dimension, elle est partout et sous toutes les formes. Les réalisations du progrès défient leur mise en cause idéologique aussi bien que leur justification ; devant son tribunal, la « fausse conscience » de leur rationalité est devenue la vraie conscience. Que la réalité ait absorbé l’idéologie ne signifie pas cependant qu’il n’y a plus d’idéologie. Dans un sens, au contraire, la culture industrielle avancée est plus idéologique que celle qui l’a précédée parce que l’idéologie se situe aujourd’hui dans le processus de production lui-même ((Marcuse, H., L’homme unidimensionnel, Éditions de Minuit, Paris, 1968, p.39)) ».

« Il ne faut pas se foutre du monde : ce n’est pas la pub qui est la cause de l’aliénation des femmes… j’aime la pub », annonçait récemment Elizabeth Badinter, présidente du conseil de surveillance de Publicis ((Le Parisien, 23-03-2010, cité dans Le journal de la décroissance, août 2010)). Outre cette erreur courante qui consiste à donner plus de crédit, et d’une certaine façon  de pouvoir la généraliser, à une opinion portant sur un groupe particulier – les femmes –  lorsqu’elle est exprimée par un membre de ce groupe particulier – une femme –, la remarque de la présidente du conseil de surveillance de Publicis, fervente militante féministe, illustre le fourvoiement dans lequel s’engouffre le combat identitaire. D’une part, et outre que de masquer la réalité objective de l’exploitation, cette lutte commune élude le fait que l’idéologie se situe « dans le processus de production lui-même ». Luttant pour un salaire égal, l’on en vient à ne pas voir l’aspect d’exploitation et d’aliénation consubstantielles au type de travail lui-même, même à salaire égal… ainsi, mieux vaut ne pas voir dans la pub « La cause de l’aliénation des femmes »… et surtout pas la cause de l’aliénation de tous! D’autre part, luttant  côte à côte pour une égalité de salaire dans leur domaine professionnel respectif, une femme salariée de Wall-Street et une autre de Wall-Mart brandissent une fausse appartenance commune temporairement invoquée – femme –, ce qui est pour W.B. Michaels parfaitement grotesque : « Le salaire horaire moyen d’un employé à temps plein de Wal-Mart s’élève (d’après le PDG de l’entreprise) à environ 10 dollars ((L’auteur ajoute « le chiffre précis que donne wal-Mart est de 9,68 dollars, mais il est contesté par certains, qui estiment qu’il est, en réalité, beaucoup plus bas. Selon la publication en ligne politicalaffairs.net, le salaire horaire du PDG de Wal-Mart (H. Lee Scott Jr.) était estimé en 2005 à 8434, 49 dollars »)). En travaillant quarante heures par semaine, un employé de Wal-Mart gagne donc 400 dollars par mois ((L’auteur se trompe ici et veut certainement dire par semaine)), soit presque 21.600 dollars par an. Les femmes, victimes de discrimination, gagnent un peu moins, les hommes un peu plus. La différence, selon Richard Drogin, le statisticien qui a analysé les chiffres lors du procès pour discrimination, est (pour les salariés à l’heure) de 1.100 dollars par an. Disons donc que les femmes salariés de Wal-Mart gagnent environ 20.500 dollars par an. Il leur faudrait par conséquent 60 ans pour amasser ce que les femmes salariées de Wall Street – également victimes de la discrimination – gagnent en un an. Bien entendu, les hommes salariés de Wall-Mart – qui sont les bénéficiaires de cette discrimination , puisqu’ils gagnant 21.600 dollars par an – s’en tirent mieux : il ne leur faudrait qu’environ cinquante-sept ans pour atteindre cette somme. Autrement dit, à Wal-Mart, on a des femmes qui se battent pour obtenir des parts légitimes d’un gâteau si ridiculement petit que, l’obtiendraient-elles, il ne parviendrait même pas à les nourrir. Se représenter les femmes de Wal-Mart comme marchant coude à coude avec leurs camarades de chez Morgan Stanley ou de Harvard pour défendre leurs droits est donc parfaitement grotesque, de même qu’il est parfaitement grotesque de considérer leur problème comme un problème de discrimination sexuelle ((p.116-117)). » François Partant exprime parfaitement la même idée lorsqu’il reproche aux mouvements sociaux, dont le mouvement féministe, son manque d’unité: « les femmes veulent-elles transformer la société conçue et organisée par et pour les hommes, en la débarrassant de tous les rapports de domination (pas seulement de celui dont elles sont victimes), ainsi que de tous les rapports de compétition qui les suscitent inévitablement ? Ou veulent-elles simplement obtenir une place plus équitable dans cette société historiquement organisée par les hommes ? Il est probable que la majorité des militantes féministes s’en tiennent à ce dernier objectif. Leur mouvement est alors essentiellement conservateur. Comme sont conservateurs tous les partis politiques, qui tous désormais encouragent les femmes à occuper une place plus juste dans la société dont ils dénoncent pourtant parfois l’injustice. Comme sont conservateurs les syndicats, puisqu’en définitive les luttes sociales ne peuvent que favoriser une meilleure insertion des travailleurs dans le système productif ((La fin du développement, naissance d’une alternative, Editions La Découverte, 1982, p.191)) ».

Alors pourquoi fustiger autant un ouvrage qui pose d’importantes questions et reformule les combats, surtout en provenance de penseurs de gauche ? Parce que les luttes minoritaires ont été et continuent d’être leur fer de lance. Abattue devant une gauche gouvernementale en déliquescence, qui ne se distingue de la droite que sur des aspects à l’innocuité prouvée pour le corps néolibéral ; confrontée à un électorat en déclin, qu’il faut parfois séduire pour qu’il aille voter ;  découragée par l’individualisme ambiant qui réduit l’être à un calculateur rationnel… la pensée de gauche se replie, refuse l’introspection, accepte certaines compromissions douteuses, et reste parfois persuadée de sa liberté d’action dans une forme d’ignorance de l’idéologie ambiante et des déterminants structuraux. D’où leur ressentiment à l’égard d’un ouvrage qui leur va loin, évoquant un « déni de la discrimination raciste et hétérosexiste » « à faire vomir ((http://lmsi.net/Loi-du-marche-et-discrimination)) » , un « traitement dogmatique ((http://www.mouvements.info/Les-ravages-de-la-pensee-moniste-a.html)) » , ou encore un « relâchement momentané de l’esprit critique ((Vidal, J., op.cit.)) ». Waouh! Ont-ils autant vomi lorsque l’un et l’autre élu ont, dans leur stratégie gouvernementale, choisi des chantres de la diversité pour dénoter l’« ouverture » de la France ? Dans des pratiques digne d’un Le Pen lorsqu’il avait à ses côtés un collaborateur Noir !

De la à commettre aussi quelques erreurs… comme de résumer les grandes idées d’un livre qu’on s’emploie à critiquer sévèrement par la suite. Ainsi, lorsque J. Vidal « synthétise » la pensée de W.B. Michaels par ces termes : « Les inégalités raciales et sexuelles reposent sur des préjugés, le racisme et le sexisme, qu’il est aisé d’éliminer (le racisme comme problème ne nécessite pour être résolu “que de renoncer à nos préjugés”) », il réduit tout à fait les propos de l’auteur. Si nous retournons page 90, nous lisons : « si nous aimons la diversité, si nous aimons les programmes de discrimination positive, c’est parce qu’ils nous présentent le racisme comme l’unique problème que nous ayons à résoudre. Or le résoudre ne nous demande rien d’autre que de renoncer à nos préjugés. Résoudre le problème de l’inégalité économique demanderait sans doute un peu plus : peut-être de renoncer à notre argent (…) tant que l’objet présumé de notre haine est la différence, tout le monde (nous sommes tous un petit peu racistes ou un petit peu homophobes) peut se sentir responsable du problème et, par conséquent, fier de contribuer à le résoudre »… c’est quelque peu différent que la citation laconique censée résumer une idée essentielle. Et c’est là par ailleurs une vérité. Si le préjugé est « une attitude à l’égard des membres d’un certain exogroupe dont la valence est à dominante négative » ((A.E. Azzi et O. Klein, Psychologie sociale et relations intergroupes, Editions Dunod, Paris, 1998, p.26)), il suffit de modifier le regard négatif que l’on porte sur ce groupe pour que le préjugé disparaisse concomitamment. W.B. Michaels exagère peut-être lorsqu’on croit l’entendre énoncer l’aisance probable de ce changement, mais on voit là un procédé rhétorique d’atténuation visant à mettre en évidence la bien plus grande difficulté que représenterait le fait de « renoncer à notre argent ». De même, lorsque J. Vidal continue sa « synthèse critique », paraphrasant W.B. Michaels : « les “discriminations” seraient de nature exclusivement économique ». Qu’a-t-on à redire à cela ? En effet, les stéréotypes (qui sont des croyances : « les Noirs sont fainéants) et préjugés (qui sont des évaluations : « je n’aime pas les Noirs ») sont des systèmes de justification des inégalités : « il est pauvre parce qu’il est Noir »… il est une recherche justificative de la pauvreté : la présence simultanée des traits pauvre et noir amène à trouver dans le second une justification du premier. N’aurait-t-il pas été Noir qu’un autre attribut différenciateur aurait été recherché et lui aurait été accolé. La couleur de la peau a formidablement servi les desseins des maîtres ; l’appel à la différenciation en fonction d’une différence de couleur de peau est facilement mobilisable parce qu’elle est directement visible, s’appuyant en outre sur un racisme séculaire encore bien ancré dans la sphère privée. Un Noir pauvre respecté dans son identité culturelle n’en restera pas moins un Noir pauvre. En outre, le racisme sert la richesse des uns, le pouvoir relatif des autres, mais elle offre aussi à l’indigent des explications facilement mobilisables de sa propre pauvreté; elle est en miroir une arme qui se retourne contre lui-même puisqu’il ne voit pas, dans cette diversité, ce qui le rapproche de celui qu’il honnit. Danger que souligne, à un autre niveau, P. Bourdieu, lorsqu’il évoque la séparation pernicieuse entre les travailleurs précaires et les bénéficiaires d’allocations: « les différences entre les RMIstes, les chômeurs en fin de droit ou en allocation spécifique de solidarité ne sont pas radicalement différentes de celles qui séparent les chômeurs de tous les travailleurs précaires. Réalité fondamentale que l’on risque d’oublier et de faire oublier, en mettant l’accent exclusivement sur des revendications « catégorielles » (si l’on peut dire !) des chômeurs, propres à les séparer des travailleurs, et en particulier des plus précaires d’entre eux, qui peuvent se sentir oubliés ((Bourdieu, P., Contre-Feux, Éditions Raisons d’Agir, Paris, 1998, p. 103, souligné par nous)) : ».

Autre erreur de décontextualisation : « Dans un monde idéal, la diversité ne ferait l’objet d’aucune célébration, quelle qu’elle soit – d’aucun soutien non plus – J.Vidal s’arrête là, continuons les propos de W.B. Michaels : … parce que, dans un monde idéal, la question de savoir avec qui vous avez envie de coucher ne serait un sujet de préoccupation que pour vous et les personnes concernées. Il en irait de même pour la couleur de votre peau : elle plairait peut-être à certains et déplairaient à d’autres, mais en aucun cas elle n’aurait une portée politique, de quelque nature que ce soit ». Cet ajout modifie une analyse qu’on pouvait en premier lieu penser fort péremptoire. Et complète la réflexion par un point majeur : éliminer la culture comme catégorie politique viendra naturellement d’une politique d’égalité – alors qu’inversement une politique de diversité ne mènera automatiquement à la justice sociale cela n’impliquant pas pour autant une disparition des identités. Ainsi, faut-il se méfier de cette possibilité que ceux qui refusent l’équité économique brandissent le spectre d’une société homogénéisée qui réduirait à néant la diversité, instillant la crainte d’une « perte identitaire » chez la plupart.

S’appuyant sur cette vérité psychologique qui est celle que nous souhaitons tous jouir d’une estime de soi positive, qui découle elle-même de notre identité sociale, ceux qui dominent peuvent donc à la fois conserver et faire croître les fruits de leur domination en donnant cette impression qu’ils luttent pour les minorités identitaires, les confortant dans leur soubassement subjectif. N’est-ce pas au fond ce que le pouvoir s’emploie déjà à faire en ces temps ? Ne joue-t-il pas sur ces éclosions identitaires tous azimuts, les flattant lorsqu’elles ne portent pas trop en elles une remise en question de la richesse établie, pour pouvoir mieux en tirer les bénéfices ? La lutte dégagée des excluants identitaires, de cette séduction « par la célébration faussement révolutionnaire du métissage des cultures ((Bourdieu, P., Contre-Feux, op.cit., p.92)) », auraient comme indéniable avantage d’associer dans un même groupe les opprimés, au lieu de les atomiser dans des formes collectives détachées se structurant sur des attributs identitaires qui les distinguent. Division qui sert parfaitement oppresseurs et nantis de toutes sortes qui se satisfont de ne pas voir se catégoriser dans un même groupe ceux qu’ils exploitent.

Enfin, il ne faudra pas demander à un livre ce qu’il n’est pas : une encyclopédie de l’histoire de la diversité et des luttes minoritaires. W.B. Michaels  tente de répondre à la question de savoir si une société dont les classes dirigeantes sont noires, blanches, jaunes, homosexuelles, hétérosexuelles… a vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale. Ce qu’a produit W.B. Michaels reste un essai, c’est-à-dire « un ouvrage littéraire en prose, de facture très libre, traitant d’un sujet qu’il n’épuise pas ou réunissant des articles divers » ((Le Petit Robert)). … qu’il n’épuise pas donc, et qui ne prétend pas traiter complètement de la « nature du néolibéralisme », des « dispositifs institutionnels mis en place au nom de la “diversité” », ou encore « des problèmes de légitimation dans les nations de l’économie-monde capitaliste » ((Vidal, J., op.cit.)). Le point atteint par notre civilisation de la destruction impose une révolution radicale. Les réformes, que d’aucuns perçoivent comme des chemins vers celle-là, sont pour d’autres des leurres, sortes d’institutions palliatives qui n’ont d’autres fonctions que de faire l’opinion. Ceux qui défendent cette dernière position ne disent pas pour autant que ces actions palliatives n’ont pas de fonctions, ponctuelles et localisées, utiles. Les soins prodigués soulagent, mais à leur côté les écarts de richesse continuent de se creuser.

La diversité contre l’égalité pousse à la réflexion, et à voir dans ce que nous pensions à notre service, l’instrument possible de notre asservissement.

A.P.

les femmes veulent-elles transformer la société conçue et organisée par et pour les hommes, en la débarrassant de tous les rapports de domination (pas seulement de celui dont elles sont victimes), ainsi que de tous les rapports de compétition qui les suscitent inévitablement ? Ou veulent-elles simplement obtenir une place plus équitable dans cette société historiquement organisée par les hommes ? Il est probable que la majorité des militantes féministes s’en tiennent à ce dernier objectif. Leur mouvement est alors essentiellement conservateur. Comme sont conservateurs tous les partis politiques, qui tous désormais encouragent les femmes à occuper une place plus juste dans la société dont ils dénoncent pourtant parfois l’injustice. Comme sont conservateurs les syndicats, puisqu’en définitive les luttes sociales ne peuvent que favoriser une meilleure insertion des travailleurs dans le système productif ».

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