Le réalisme opportuniste

Le hasard de la vie, dont le cours a cette persévérance de nous amener son lot de turpitudes et autres bassesses dont seul l’homme a le secret, m’a récemment mis en proximité avec des avocats. L’un de ceux-ci, au cours de la séance – facturée 125 euros l’heure, gracieusement car, de ses dires, l’habitude tournait plus vers les 150 euros – partagea un moment le fruit de sa pensée et de sa pratique : « Monsieur, écoutez-moi bien, ça va peut-être vous choquer, mais la justice n’existe pas dans ce monde. Il y a un palais des lois mais pas de justice ». Continuant son explication sur le fait qu’on pouvait très bien « perdre » malgré que l’on soit innocent, ce n’est pas cette vérité que l’on connaît qui me choqua le plus, mais le réalisme cynique avec lequel le personnage l’assenait.

Car il y a loin entre le fait de reconnaître le hiatus entre le discours de la justice et son application réelle, et celui d’accepter cet état de fait. La première situation laissant encore la possibilité d’agir, à son niveau cela va de soi, pour réduire l’écart ou en tous cas dénoncer le paradoxe – une Justice injuste – ; le second faisant de nous un « spectateur », qui, bien souvent, tirera petits ou grands profits de la situation.

Car l’auteur de cette phrase serait-il assuré de conserver les mêmes émoluments s’il décidait de se battre pour faire basculer le statut quo, plutôt que de le contempler dans une sorte de résignation détachée?

A.P.

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